Je continue dans l'étalage de mes marottes. Un jour, à la lecture d'un témoignage à propos du Bréviaires des Echecs de Tartacover, j'eus l'idée de collecter toutes sortes de parties unies par un seul fil : toutes devaient dévoiler la beauté des échecs, toutes devaient être capables de susciter, chez le néophyte, ce ravissement extatique né de la découverte de la beauté du jeu. En clair, n'importe quelle partie triomphant du lieu commun selon lequel les échecs sont barbants ; une partie propre à révéler à quel degré de perfection artistique le jeu confine ; une partie capable d'arracher des oh! et des ah! d'extase et d'enthousiasme, à mille lieus communs du plaisir aride de puristes. Je poursuivis : cette anthologie devrait aller de 1850 à 2000 et elle se composerait d'une partie par an ; enfin, un joueur donné ne pourrait apparaître plus de deux fois. Je terminai en faisant une petite concession : certaines années comportaient tellement de belles parties que j'admis un outsider, une deuxième partie qui se devait d'être révélée (permettant ainsi à un joueur de revenir). Première partie _ très connue _ de ce florilège :Anderssen - Kieseritzky
Londres 1851
Gambit roi accepté [C33]
1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Fc4 Qh4+ 4. Rf1 b5?! (contre-gambit Bryan) 5. Fxb5 Cf6 6. Cf3 Dh6 7. d3 (Meilleur est Cc3) ... Ch5 8. Ch4 Dg5 9. Cf5 c6 10. g4 Cf6 11. Tg1! cxb5 12. h4 Dg6 13. h5 Dg5 14. Df3 Cg8 (triste) 15. Fxf4 Df6 16. Cc3 Fc5 (voir diagramme) 17. Cd5!! (le moins flamboyant d4 gagne aussi) ... Dxb2 18. Fd6!! Dxa1+ 19. Re2 Fxg1? (Après 19. ... Db2, l'issue demeurait incertaine) 20. e5 Ca6 21. Cxg7+ Rd8 22. Df6+! (la touche finale) ... Cxf6 23. Fe7 mat 1-0.
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